J’aimerais simplement faire comprendre, prenant en considération l’avenir de nos enfants et de nos œuvres qui sont aussi nos enfants, que des artistes comme
Bernadette Kelly, Gilles Sacksick, Laura Genz, C.C., D.D., etc. et M.M., qui pratiquent un métier qui s’apprend, celui de peintre, basé sur l’observation sensible, une tradition qui peut se
discuter, un regard et une expression personnelle, appartiennent à une espèce en voie de disparition. Je pourrais ajouter que cette nuit j’ai eu la visite du Seigneur qui m’a confirmé dans ces
révélations et mes positions, mais je mentirais. Non ! Il ne s’agit pas là d’une vérité révélée, quoi que, parfois, je m’en approche. Je le sens. Vous aussi vous vous en approchez, mais
c’est une autre vérité. Chacun ses vérités qui ne sont pas la Vérité. Nuance ! Non, sérieusement je voulais dire que la survie de notre métier est une question qui reste posée, et qu’il est
logique, voire courageux de se la poser.
Bien sûr, selon notre formation, notre culture, notre tempérament, notre environnement, nous sommes plus ou moins différents et c’est heureux. Nous avons fait des
choix de vie différents, pris des chemins différents dont certains sont des impasses, mais vraisemblablement nous avons choisi le même métier, nous avons la même formation, les mêmes pères, les
mêmes modèles à suivre ou à ne pas suivre, nous appartenons à la même espèce… nous avons les mêmes chromosomes et un ancêtre commun : L’homme de Cro-Magnon. Notre cousin néandertalien, lui
n’a pas survécu. Cela m’attriste et je m’interroge. C’était pourtant un homme comme les autres. Il n’avait sans doute pas fait les bons choix. Et vous ? Et moi ? Avons-nous fait les
bons choix ? Me concernant je répondrais que sur certains points, je crois avoir fait les bons choix. En tout cas je ne regrette pas le métier que j’ai choisi, ni le parcours que j’ai pris
pour l’exercer. Sur d’autres choix j’ai des doutes et paraphrasant Albert Camus dans « Discours de Suède » je dirai : Riche de mes seuls doutes j’ai des choses à dire ; mais
est-ce raisonnable de vous écrire, de vous parler, et peut-être de vous toucher, et vous déranger sur un sujet qui pourtant nous concerne tous : Quelle est la place de l’artiste dans la
société, et aujourd’hui qu’appelle-t-on Art ? Pourquoi des hommes et des femmes qui ont la même formation et pratiquent le même métier, refusent ils de se voir, de se parler ? A
l’exemple de l’ours des Pyrénées et de l’homme de Neandertal, ils appartiennent pourtant à une espèce qui risque de disparaître. J’en suis convaincu. Pensons aux générations à venir.
Qu’avons-nous à transmettre ? Ouvrir un tel débat, ce n’est pas simple, mais, malgré mes nuits blanches et mon âme qui l’est moins, le désespoir suivant l’espoir et réciproquement je m’en
suis fait un devoir, car je sais que vous comme moi, comme l’artisan boulanger du coin de la rue, avez quelque-chose à transmettre.
Ecouter des avis contraires ce n’est pas se renier. Il ne s’agit pas de se renier, surtout pas, ni de se remettre complètement en question. Pour ma part, vu mon
âge, c’est impossible. Personne ne possède la « vérité » et la vérité révélée c’est discutable. Tout le monde se trompe sur des points précis, trompe les autres ce qui est plus grave,
mais sur certains points, envers et contre tous a raison. Chacun ses vérités, chacun son savoir, et je ne parle pas d’opinion ni d’idéologie. Or ces savoirs peuvent être complémentaires et mis en
commun. Hélas ! Les peintres aujourd’hui vivent dans leur bulle. C’est très compréhensif car ils s’impliquent entièrement dans leurs œuvres, mais c’est désespérant. Sommes-nous sûrs d’être
reconnu pour nos qualités, la qualité de nos œuvres, et pour ce que nous sommes ?
Pardon de poser ces questions, mais elles sont d’importance et méritent d’être posées. N’y-a t-il pas des milliers d’inconnus, d’artistes non géniaux mais honnêtes
dont les œuvres mériteraient d’être connues, et qui en crèvent ? Eux et leurs œuvres…. Se boucher les yeux et pratiquer la politique de l’autruche, cela mène au pire, l’histoire nous l’a
montré. Affirmer comme beaucoup que les hommes demain feront le bon choix, et que l’histoire gardera le meilleur, c’est optimiste, peut-être vrai, mais c’est mal connaître notre histoire et c’est
peu courageux, et rien n’est moins sûr.
Des personnes qui par leurs idées, leur goût, leur profession, sont très proches les unes des autres, parfois se combattent et deviennent des ennemis
irréconciliables pour des raisons qui semblent n’être que des détails. Pourquoi ? Parce-que peut-être ce qui est des détails pour l’un ne l’est pas pour l’autre, ce qui est superficiel pour
l’un est fondamental et vital pour l’autre. Personne ne donne la même hiérarchie aux mêmes valeurs, même ceux qui appartiennent à une même « religion ». Il y a sans doute derrière
ces positions des problèmes de fond qui sont vitaux, mais nous les connaissons mal. Vitaux pour l’individu mais aussi pour l’espèce. C’est la condition humaine. Voila une problématique qui me
tourmente depuis belle lurette et à laquelle j’aimerais et devrais apporter quelques réponses, puisque je me suis fait un devoir de réunir des personnes qui face à un métier et à une
vocation, devraient pour s’entendre et se comprendre, se rencontrer sur le net ou le pas-net, ce qui serait déjà un premier pas. Ce qui est difficile, c’est de se remettre en question sans se
renier, ce qui est presque impossible chez les vieux et ceux qui sont engagés dans une politique et une idéologie.
Personnellement je suis vieux mais non engagé dans une idéologie. Si je suis sérieux et si je veux que l’on ne me prenne pas pour un illuminé, je devrais sinon me
remettre en question, du moins essayer de me mettre dans la peau par empathie de ceux qui ne pensent pas comme moi…..Ce n’est pas simple mais je vous promets d’essayer.
Chacun dans son coin mène un combat pour la vie, et si nous avons survécu sans trop nous compromettre, sans trop nous soumettre à la loi de marché, pour beaucoup
nous pensons que c’est grâce à nos qualités. Et à ceux qui n’ont pas survécus nous pensons qu’ils n’avaient pas les qualités qu’il fallait, et qu’ils n’avaient pas fait les bons choix. C’était en
gros la pensée qui a dominé dans le monde occidental au début du 20è siècle et que l’on a appelé le darwinisme social, qui est une déformation de la pensée darwinienne, et qui avec le
malthusianisme, le fascisme et le militarisme, ont conduit au pire. Le survivant et l’admirable éthologue Boris Cyrulnick nous a fait heureusement comprendre que l’empathie est une loi de la
nature qui consiste à se mettre à la place de l’autre, l’enfant à la place de la mère, le chien à la place de son maître et réciproquement. C’est naturel et vital et cela nous permet de mieux
comprendre le monde. Pour simplifier, comme vous le voyez j’oppose à la loi du plus fort et du plus salaud, cela menant à la guerre, une loi naturelle qui est la relation empathique qui mène au
dialogue et à la communication, ce qui est plus sympathique.
Je comprends cependant cette position à laquelle j’adhère en partie qui consiste à dire que, lorsque l’on s’est donné à fond dans le métier de peintre –la peinture
étant un art et un langage –ce que l’artiste a à dire est dit en totalité dans son œuvre et que les discours ne servent à rien. Aux autres de faire l’effort de compréhension et, selon leur
pouvoir et responsabilité de faire en sorte que l’art se perpétue et devienne un bien commun. L’artiste, lui, et principalement le peintre, n’a ni la responsabilité ni le pouvoir de transmettre
son savoir, du moins le pense t-il. Et il laisse ce rôle à des intellos qui n’ont jamais tenu un crayon, ce qui est une catastrophe.
Personnellement je pense qu’en tant qu’élève ou disciple, en tant qu’enseigné et pratiquant il n’y a rien d’anormal à ce que le peintre devienne enseignant et c’est
ce que j’ai fait. Malheureusement en matière d’art il faut s’entendre avec ses semblables sur le sens de ce que l’on enseigne et c’est là que ça coince …. Notre société patauge sur le sujet dans
la plus parfaite confusion. Si nous ne donnons pas le même sens au même mot, au même métier, comment nous comprendre ? C’est un vaste sujet que j’ai traité sur 250 pages, mais je n’ai
toujours pas trouvé la solution (ni d’éditeur) et je ne vous infligerai pas ici le fruit de ma méditation ni de ma réflexion.
Est-ce que nos ploutocraties technocratiques qui se prétendent démocratiques reconnaissent les œuvres pour leurs qualités ? Je me pose la question. Bon, même
si cela ne se voit pas j’ai fait un effort pour me mettre à la place de mes contradicteurs, mais c’est trop difficile. Il faut m’y aider. Mieux vaut vous laisser la parole. A vous de jouer. Merci
de me répondre.
Cordialement,
Claude Marcou
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