Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 17:07
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  On regarde avec sa culture, avec ses sentiments,avec sa morale, avec son cerveau, quelques fois avec ses pieds, mais on ne regarde presque jamais avec ses yeux. C'est la première chose que j'ai compris quand j'ai appris à dessiner. Paul Valéry qui fréquentait Degas et Ingres et qui s'est exercé au dessin, disait que l'on ne voit pas la même chose le crayon à la main, et sans le crayon. 

Le dessin en dehors de tout projet et prétention artistique a ce pouvoir là: Apprendre à regarder, Observer (observer avant de porter des jugements).

Apprendre à voir avec ses yeux cela semble banal et pourtant c'est loin d'être évident. Nous regardons tous avec notre culture. Un géologue, un artiste, un paysan ne voient pas dans un paysage les mêmes choses. . .

Apprendre à dessiner d'observation oblige au départ à faire le vide par rapport à nos connaissances, surtout celles qui sont scolaires et livresques. Une interaction complexe entre l'oeil, le cerveau et la main qui tient l'outil s'opère. C'est notre oeil qui dirige. De toutes façons les choix par rapport à nos goûts, notre intérêt, notre tempérament, notre émotion, notre savoir, nos jugements de valeurs, nos interdits, se feront, mais seulement après, une fois que l'oeil et le regard auront fait leur travail.

 

 

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Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 17:08
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J’aimerais simplement faire comprendre, prenant en considération l’avenir de nos enfants et de nos œuvres qui sont aussi nos enfants, que des artistes comme Bernadette Kelly, Gilles Sacksick, Laura Genz, C.C., D.D., etc. et M.M., qui pratiquent un métier qui s’apprend, celui de peintre, basé sur l’observation sensible, une tradition qui peut se discuter, un regard et une expression personnelle, appartiennent à une espèce en voie de disparition. Je pourrais ajouter que cette nuit j’ai eu la visite du Seigneur qui m’a confirmé dans ces révélations et mes positions, mais je mentirais. Non ! Il ne s’agit pas là d’une vérité révélée, quoi que, parfois, je m’en approche. Je le sens. Vous aussi vous vous en approchez, mais c’est une autre vérité. Chacun ses vérités qui ne sont pas la Vérité. Nuance ! Non, sérieusement je voulais dire que la survie de notre métier est une question qui reste posée, et qu’il est logique, voire courageux de se la poser.

Bien sûr, selon notre formation, notre culture, notre tempérament, notre environnement, nous sommes plus ou moins différents et c’est heureux. Nous avons fait des choix de vie différents, pris des chemins différents dont certains sont des impasses, mais vraisemblablement nous avons choisi le même métier, nous avons la même formation, les mêmes pères, les mêmes modèles à suivre ou à ne pas suivre, nous appartenons à la même espèce… nous avons les mêmes chromosomes et un ancêtre commun : L’homme de Cro-Magnon. Notre cousin néandertalien, lui n’a pas survécu. Cela m’attriste et je m’interroge. C’était pourtant un homme comme les autres. Il n’avait sans doute pas fait les bons choix. Et vous ? Et moi ? Avons-nous fait les bons choix ? Me concernant je répondrais que sur certains points, je crois avoir fait les bons choix. En tout cas je ne regrette pas le métier que j’ai choisi, ni le parcours que j’ai pris pour l’exercer. Sur d’autres choix j’ai des doutes et paraphrasant Albert Camus dans « Discours de Suède » je dirai : Riche de mes seuls doutes j’ai des choses à dire ; mais est-ce raisonnable de vous écrire, de vous parler, et peut-être de vous toucher, et vous déranger sur un sujet qui pourtant nous concerne tous : Quelle est la place de l’artiste dans la société, et aujourd’hui qu’appelle-t-on Art ? Pourquoi des hommes et des femmes qui ont la même formation et pratiquent le même métier, refusent ils de se voir, de se parler ? A l’exemple de l’ours des Pyrénées et de l’homme de Neandertal, ils appartiennent pourtant à une espèce qui risque de disparaître. J’en suis convaincu. Pensons aux générations à venir. Qu’avons-nous à transmettre ? Ouvrir un tel débat, ce n’est pas simple, mais, malgré mes nuits blanches et mon âme qui l’est moins, le désespoir suivant l’espoir et réciproquement je m’en suis fait un devoir, car je sais que vous comme moi, comme l’artisan boulanger du coin de la rue, avez quelque-chose à transmettre.

Ecouter des avis contraires ce n’est pas se renier. Il ne s’agit pas de se renier, surtout pas, ni de se remettre complètement en question. Pour ma part, vu mon âge, c’est impossible. Personne ne possède la « vérité » et la vérité révélée c’est discutable. Tout le monde se trompe sur des points précis, trompe les autres ce qui est plus grave, mais sur certains points, envers et contre tous a raison. Chacun ses vérités, chacun son savoir, et je ne parle pas d’opinion ni d’idéologie. Or ces savoirs peuvent être complémentaires et mis en commun. Hélas ! Les peintres aujourd’hui vivent dans leur bulle. C’est très compréhensif car ils s’impliquent entièrement dans leurs œuvres, mais c’est désespérant. Sommes-nous sûrs d’être reconnu pour nos qualités, la qualité de nos œuvres, et pour ce que nous sommes ?

Pardon de poser ces questions, mais elles sont d’importance et méritent d’être posées. N’y-a t-il pas des milliers d’inconnus, d’artistes non géniaux mais honnêtes dont les œuvres mériteraient d’être connues, et qui en crèvent ? Eux et leurs œuvres…. Se boucher les yeux et pratiquer la politique de l’autruche, cela mène au pire, l’histoire nous l’a montré. Affirmer comme beaucoup que les hommes demain feront le bon choix, et que l’histoire gardera le meilleur, c’est optimiste, peut-être vrai, mais c’est mal connaître notre histoire et c’est peu courageux, et rien n’est moins sûr.

Des personnes qui par leurs idées, leur goût, leur profession, sont très proches les unes des autres, parfois se combattent et deviennent des ennemis irréconciliables pour des raisons qui semblent n’être que des détails. Pourquoi ? Parce-que peut-être ce qui est des détails pour l’un ne l’est pas pour l’autre, ce qui est superficiel pour l’un est fondamental et vital pour l’autre. Personne ne donne la même hiérarchie aux mêmes valeurs, même  ceux qui appartiennent à une même « religion ». Il y a sans doute derrière ces positions des problèmes de fond qui sont vitaux, mais nous les connaissons mal. Vitaux pour l’individu mais aussi pour l’espèce. C’est la condition humaine. Voila une problématique qui me tourmente depuis belle lurette et à laquelle j’aimerais et devrais apporter quelques réponses,  puisque je me suis fait un devoir de réunir des personnes qui face à un métier et à une vocation, devraient pour s’entendre et se comprendre, se rencontrer sur le net ou le pas-net, ce qui serait déjà un premier pas. Ce qui est difficile, c’est de se remettre en question sans se renier, ce qui est presque impossible chez les vieux et ceux qui sont engagés dans une politique et une idéologie.

Personnellement je suis vieux mais non engagé dans une idéologie. Si je suis sérieux et si je veux que l’on ne me prenne pas pour un illuminé, je devrais sinon me remettre en question, du moins essayer de me mettre dans la peau par empathie de ceux qui ne pensent pas comme moi…..Ce n’est pas simple mais je vous promets d’essayer.

Chacun dans son coin mène un combat pour la vie, et si nous avons survécu sans trop nous compromettre, sans trop nous soumettre à la loi de marché, pour beaucoup nous pensons que c’est grâce à nos qualités. Et à ceux qui n’ont pas survécus nous pensons qu’ils n’avaient pas les qualités qu’il fallait, et qu’ils n’avaient pas fait les bons choix. C’était en gros la pensée qui a dominé dans le monde occidental au début du 20è siècle et que l’on a appelé le darwinisme social, qui est une déformation de la pensée darwinienne, et qui avec le malthusianisme, le fascisme et le militarisme, ont conduit au pire. Le survivant et l’admirable éthologue Boris Cyrulnick nous a fait heureusement comprendre que l’empathie est une loi de la nature qui consiste à se mettre à la place de l’autre, l’enfant à la place de la mère, le chien à la place de son maître et réciproquement. C’est naturel et vital et cela nous permet de mieux comprendre le monde. Pour simplifier, comme vous le voyez j’oppose à la loi du plus fort et du plus salaud, cela menant à la guerre, une loi naturelle qui est la relation empathique qui mène au dialogue et à la communication, ce qui est plus sympathique.

Je comprends cependant cette position à laquelle j’adhère en partie qui consiste à dire que, lorsque l’on s’est donné à fond dans le métier de peintre –la peinture étant un art et un langage –ce que l’artiste a à dire est dit en totalité dans son œuvre et que les discours ne servent à rien. Aux autres de faire l’effort de compréhension et, selon leur pouvoir et responsabilité de faire en sorte que l’art se perpétue et devienne un bien commun. L’artiste, lui, et principalement le peintre, n’a ni la responsabilité ni le pouvoir de transmettre son savoir, du moins le pense t-il. Et il laisse ce rôle à des intellos qui n’ont jamais tenu un crayon, ce qui est une catastrophe.

Personnellement je pense qu’en tant qu’élève ou disciple, en tant qu’enseigné et pratiquant il n’y a rien d’anormal à ce que le peintre devienne enseignant et c’est ce que j’ai fait. Malheureusement en matière d’art il faut s’entendre avec ses semblables sur le sens de ce que l’on enseigne et c’est là que ça coince …. Notre société patauge sur le sujet dans la plus parfaite confusion. Si nous ne donnons pas le même sens au même mot, au même métier, comment nous comprendre ? C’est un vaste sujet que j’ai traité sur 250 pages, mais je n’ai toujours pas trouvé la solution (ni d’éditeur) et je ne vous infligerai pas ici le fruit de ma méditation ni de ma réflexion.

Est-ce que nos ploutocraties technocratiques qui se prétendent démocratiques reconnaissent les œuvres pour leurs qualités ? Je me pose la question. Bon, même si cela ne se voit pas j’ai fait un effort pour me mettre à la place de mes contradicteurs, mais c’est trop difficile. Il faut m’y aider. Mieux vaut vous laisser la parole. A vous de jouer. Merci de me répondre.

                           Cordialement,

                                                                   Claude Marcou

 


Dimanche 31 juillet 2011 7 31 /07 /Juil /2011 17:53
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Au sujet des langages de l’image, s’il n’y a pas formation, il y a déformation. C’est ce que je constate tous les jours et que je vérifie encore ici ce matin dans le bistrot où je suis venu travailler. En face de moi se trouve un écran de télévision de 1m,20 de long sur 60cm de large environ. C’est de la haute déf.. Techniquement l’image est parfaite. Plastiquement et esthétiquement c’est une catastrophe. Je m’explique : D’abord les couleurs saturent, principalement le rouge-orangé. On nous montre un court extrait d’un match de tennis. Le gazon est vert, peut-être un peu plus vert que dans la réalité, mais cela ne choque pas. Par contre les gros plans sur les joueurs et le visage des présentateurs nous montrent des peaux rouges-orangés à faire blêmir un sioux. En mélangeant sur ma palette un rouge cadmium et un jaune de chrome pur je ne pourrais atteindre une telle intensité.  Autre défaut : l’image est déformée, plus large que haute. Maintenant on nous montre un extrait de match de football. Le ballon est ovale, les joueurs sont très petits et trapus, et quand le gardien de but plonge il s’aplatit telle une limande de trois mètres de long sans les bras. Autre expérience : J’ai été invité à la projection privée d’un très bon documentaire  sur la Mongolie. Dans une salle de classe aménagée, mélangé à des professeurs et à des enfants, nous regardions ce film enregistré sur D.V.D., l’image issue d’un projecteur vidéo mal réglé. Ici l’image était compressée horizontalement. Au lieu du 16/9 on avait du 4/3. Les chameaux vus de face étaient plats, très plats. A la fin de la projection j’ai demandé à ma voisine si elle avait remarqué ce que j’avais remarqué. Elle n’avait rien remarqué.

  Que l’on soit professeur intellectuel amateur de documentaires, ou travailleur manuel amateur de foot, dans la majorité des cas la formation à l’image est la même : nulle. Education à l’image et par l’image : zéro. Je persiste et signe dans ce jugement qui va paraître excessif et provoquant, méprisant pour le petit peuple, ce qui bien sûr est faux. Autre constat qui regarde des techniciens qui ne savent pas regarder. On aura peut être raison de dire que là sans aucun doute j’exagère, car, ils ont un regard, le leur, un regard qui doit être de qualité, puisqu’en principe, à travers la caméra, ils ont pu le travailler. Pourtant sans arrêt à la télé, que ce soit des infos, des documentaires, des sports, des débats, d’un seul coup on fait un bon –je parle du spectateur qui s’endort -- on a l’impression que le monde chavire ou que le caméraman est tombé, l’horizon est oblique, parfois proche de la verticale, et nous devons nous coucher sur notre voisin ou voisine pour mieux suivre et mieux comprendre. En fin de compte l’intension – je le pense vraiment – est de réveiller le spectateur qui s’endort. Plutôt que de séduire par une image soignée et bien cadrée, un montage subtil et intelligent, des angles et des plans variés, plutôt que de penser à la qualité et au sens des proportions, plutôt que de zoomer sur des détails édifiants et révélateurs, plutôt que de panoramiquer lentement, nous faisant découvrir la beauté d’un paysage que l’on peut contempler à loisir, on frappe et on secoue . . . Je ne m’étendrais pas, mais techniquement on sait faire des tas de choses dont certaines sont fabuleuses et ne demandent qu’à être bien employer ; malheureusement elles ne le sont pas. La technique pour la technique c’est lamentable et inquiétant  et ceci dans bien des domaines autres que ceux concernant l’image. D’un côté il y a un progrès, d’un autre il y a une régression causée par une non-formation et il y a, pourrait-on dire, évolution dans la régression.

Bon, je vais me calmer. Pour bien me faire comprendre je vais vous faire une confidence. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance car j’ai eu un très bon professeur de dessin qui apprenait à ses élèves une chose fondamentale qui est : Regarder, regarder avec ses yeux et non avec sa culture, regarder le crayon à la main en oubliant ce que l’on a appris dans les livres, car en matière de dessin c’est essentiellement par la pratique que l’on apprend.  Pardon de vous faire un cours, mais j’ai des choses à transmettre aux générations à venir. Encore quelques mots et je vais m’arrêter. Le dessin d’observation c’est avant tout une confrontation entre un monde qui a trois dimensions, un crayon, une main, des yeux, un regard, une sensibilité, et une feuille de papier qui a aussi trois dimensions, mais la troisième – l’épaisseur – peut être ignorée, à la condition cependant de ne pas la froisser. Ne pas oublier la sensibilité ni le plaisir des sens que l’on appelle la « sensualité », cela faisant qu’ici on souligne, là on efface, ici on appuie, là on caresse, ici on arrondit, là on brise, etc... A ceci on peut ajouter le geste, le sens du rythme qui s’imprime dans une écriture qui est la marque d’un tempérament. Sans cela on ferait de la photo et de la mauvaise photo. Les grands photographes ont aussi été des graphistes, des peintres, des sculpteurs, des plasticiens. Je pense que parfois je dérange. J’ai l’impression d’être un martien parlant à des terriens qui le nez collé à la terre ne voient pas grand-chose, en tout cas pas ce que je vois. Ils me demandent d’être moins prétentieux et de revenir sur terre. Pourtant vue du ciel comme nous la montre Yann Arthus Bertrand ce n’est pas si mal, même parfois très beau et révélateur. Je peux donner l’impression de regarder les choses de haut, alors que je les regarde avec distance pour mieux les voir, quitte à me rapprocher pour mieux comprendre l’importance d’un détail. Je ne méprise pas le peuple dont je fais partie. Non ! je refuse simplement d’être populiste. Etre populaire c’est bien, c’est considérer ses semblables comme des égaux même si sur certains points ces semblables sont différents, parfois supérieurs, parfois inférieurs. Être populiste c’est démagogue, c’est caresser les gens dans le sens du poil, et en fin de compte, les mépriser et les tromper. Le peuple c’est vous, c’est moi, c’est nous tous quel que soit  le niveau de réussite dans l’échelle sociale. Bien que je sois tout en bas, cela ne m’empêche pas de regarder de temps en temps les choses d’en haut, et que vois je ? Et bien que l’on nous trompe et depuis fort longtemps. On trompe le peuple à travers la pub, la propagande, en l’abrutissant plutôt qu’en l’éduquant aux nouveaux langages, et en lui faisant croire que des « artistes » qui n’ont d’artiste que l’étiquette, sont des génies. C’est cela le mépriser. Face à cette méconnaissance, face au peuple que l’on n’éduque pas et que l’on trompe,  j’ai le sentiment parfois qu’il y a une évolution qui va dans le mauvais sens, ce qui est désespérant, parce que sur des points fondamentaux et vitaux elle est la marque d’une régression. 


Mercredi 4 avril 2012 3 04 /04 /Avr /2012 15:49
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La peinture est un métier qui s’apprend basé sur une observation sensible et une tradition qui peut être revue et corrigée et doit évoluer et progresser.

Malheureusement cette peinture à laquelle je crois, est en pleine régression. Ce n’est pas du pessimisme mais de la lucidité.

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Les chefs-d’œuvre d’un art éphémère qui sont nombreux sur nos murs et que tout le monde peut voir, seraient un exemple contradictoire à ce que je dis plus haut si cet art n’était paradoxalement éphémère, car le propre du grand art est de durer. Je m’inquiète à juste titre pour les générations à venir.

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